Sans surprise, David Eugene Edwards a donné un concert
ensorcelant à L’Européen (Paris), un petit théâtre
permettant une intimité bienvenue avec les artistes.
Le chanteur de Sixteen Horsepower a présenté avec foi
au nombreux public les morceaux de son projet solo
Woven Hand, seulement accompagné par un batteur
sachant aussi bien cogner sèchement que caresser ses
fûts avec des balais…
Toutes les conditions sont donc réunies pour passer
une soirée envoûtante : un répertoire saisissant entre
country, folk, blues et rock, des musiciens doués et
un chanteur doté d’une voix et d’une présence
impressionnantes… Malgré le peu de mots prononcés et
une attitude assez inquiétante quand il semble être en
transe (les yeux révulsés et les mains frappant son
visage, comme pour faire acte de contrition) David
Eugene Edwards a littéralement jeté un sort sur son
auditoire, aussi recueilli pendant les morceaux que
débordant d’enthousiasme à la fin de ceux-ci. Car,
même si l’on n’est pas particulièrement croyant, les
paroles tourmentées chantées d’une voix habitée (sur
des musiques évocatrices, en plus) font un incroyable
effet. Un peu comme si l’on se retrouvait en face d’un
prêcheur intelligent n’ayant pas des vues sur notre
porte-monnaie ou nos voix aux élections…
L'homme étant plus que torturé, la tonalité de ses
morceaux est sombre et changeante : il y a des moments
de calme avec une guitare sèche ou une viole (le
résultat réussi d’un accouplement entre un banjo et
une mandoline), plus un sobre rythme de batterie, mais
l’orage n’est jamais très loin… On sent confusément
qu’il arrive, le ciel se couvre. Et quand il se
déclenche enfin, il se manifeste bruyamment par des
torrents de guitare électrique, et sous un déluge de
batterie exaspérée. L’intensité émotionnelle qui se
dégage de ce spectacle est telle que le public est
cloué dans les petits sièges rouges de L’Européen,
interloqué... mais sous le charme.
David Eugene Edwards se faisant malheureusement assez
rare sur scène en France, on ne peut que chaudement
recommander le dernier album de Woven Hand - Consider
the birds - aux absents (ceux qui ont assisté à ce
concert à L’Européen l’ont maintenant tous en leur
possession, c’est sûr !) ; le bouleversant songwriter
y confirme avec éclat son talent unique pour raconter
des histoires prenant vie devant l’auditeur, grâce à
l’exceptionnelle conviction du conteur/chanteur. Sur
ce disque, les ambiances sont moins électriques que
sur scène, ce qui n’empêche en aucune manière les
morceaux d’être d’une beauté à couper le souffle…
comme les performances scéniques du monsieur.
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